Le petit chemin vert

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lundi 24 mars 2008

Ceux de la soute nantaise

Il y a 5 ans jour pour jour, heure pour heure et dent pour dent, j'avais l'esprit totalement absorbé sur les 2 heures les plus importantes de mon cursus académique. Il y a 5 ans, je devenais docteur. Docteur, mais sans stéthoscope. Je n'ai rien à vendre dans ce billet, si ce n'est de dire que je suis fier de mon putain de jeu de mot concernant le titre d'icelui.
Ah tiens, si, je pourrais signaler que l'on me prend parfois pour un médecin. C'est rigolo. La palme de l'hilarité vient sans doute du jour où je me suis présenté avec plusieurs de mes petits camarades doctorants devant une assemblée de DRHs d'une grande entreprise française pour tailler une bavette sur le cours du jambon, et où l'hôtesse d'accueil clama haut et fort à cette assemblée : "Messieurs, les médecins sont arrivés". On n'a pas pu s'empêcher de rire, personne d'entre nous n'étant médecin bien sûr. Difficile de garder son sérieux après ça.

Les DRHs sont francs, ils te disent qu'ils préfèrent embaucher un type bac +5 ans (ingénieur) qu'un type bac +8 ans (docteur, chercheur)(voire +12-13 ans si tu as fait post-doc). La raison vient du fait que le monde de l'entreprise est -à peu de chose près- complètement ignorant sur ce que cela signifie, être docteur. En France, les docteurs sont les mal-aimés et bannis d'un système archaique. Ce n'est pas le cas en Amérique du Nord par exemple. Après on se plaint que les jeunes chercheurs comme moi se barre à l'étranger pour travailler. C'est se foutre de la gueule du monde.
Je tiens à préciser que je n'ai rien contre les ingénieurs, hein. D'ailleurs, je connais super bien le fils de mes voisins qui connaît un électro-patissier dont la femme est ingénieure. Simplement, le jour où les DRHs arrêteront d'entretenir le mythe que les ingénieurs sont les meilleurs de tous, uniquement par ignorance du travail accompli par des milliers de doctorants en France, le problème franco-français changera peut-être. Alors oui, l'embauche un bac +8 coûte plus d'argent que d'embaucher un bac +5 ans ultra-formaté par l'école d'ingénieur, mais toi qui a voté Sarkozy en mai 2007 et qui adhère à son discours sur la recherche française (si si, j'en vois 2 au fond), sache que cela passe obligatoirement par un changement de mentalité et de culture de la part des industries. Son discours ne tient debout que si le privé investit massivement dans la recherche, accueille des doctorants puis embauche des docteurs. Ce qui n'est pas le cas actuellement, le privé embauchant préférentiellement des ingénieurs.

Allez, je pense à toi futur docteur. La soutenance de thèse est un moment très agréable à passer, tout compte fait.

samedi 22 mars 2008

Le complot du pied droit*

T'es là, tu parles, tu parles, avec des gens que tu ne connais pas, que tu ne verras qu'une fois dans ta vie, tu bois du champ' à volonté. Tu grignotes des rouleaux de printemps, des arachides, tu ris avec la maîtresse de maison, tu te dis que la soirée est agréable, que la maîresse de maison est très séduisante, que la musique n'est pas si mal non plus, que t'aimerais avoir le même appartement que tes hôtes. Et tu parles, parles, reparles et reparles, toujours avec des inconnus, tu leur racontes plus ou moins ta vie et tu écoutes plus ou moins la leur. Tout le monde se fout de tout en fait, c'est simplement de la politesse. Une soirée comme bien d'autres, sympa, mais que tu oublieras.
Et soudain, sans crier gare, ton pied droit est saisi d'une crampe. Tu sens le muscle du pied se contracter dans ton soulier, tu sens tes doigts de pieds se relever dans ta chaussure bouclée, la douleur est atroce, tu sens ton visage se crisper, tu fais mine de continuer à écouter l'inconnu de 23h35, ton verre de champ' à la main, mais tu ne penses qu'à huuuuuurrrrrrrleeeeeeeeeeeeeeer ta douleur devant tout le monde. Finalement, tu ne sais plus où te foutre tellement tu as mal et, ne tenant plus, te voilà saisi d'un mouvement de boitillement effréné entre le balcon et le salon, le pied droit relevé pour tenter d'étirer ce foutu muscle, devant les regards incrédules de tous ces inconnus qui te dévisagent, amusés. Tu as l'air d'un con. Tu te prends déjà à imaginer que tu vas leur expliquer que tu t'es foulé la cheville plus tôt dans la journée et que la douleur devient intenable, mais avec le bol que tu as, il y a un risque qu'il y ait un médecin dans l'assemblée qui sera prêt à te masser la cheville. T'auras encore plus l'air d'un con quand ils verront que finalement t'as pas de foulure, mais simplement les doigts de pieds bien crispés. Ta soirée est finalement gâchée, tout le monde se souviendra de toi ici comme étant l'hurluberlu au pied levé.
Tu repars désabusé. Tu as tout gagné à aller à la soirée organisée par tes voisins que tu n'as croisés que deux fois dans l'escalier en 9 mois.

Tu hais les crampes. Tu hais le complot du pied droit du vendredi soir à 23h35. Tu te promets que tu ne boiras plus jamais de champagne en soirée.


(* = resucée du faux-rhum)